Sur un monde prodigieux comme Majipoor, il fallait bien que les terriens succombent au charme de sa caractéristique géographique la plus identifiable, cette montagne géante dont le sommet culmine à cinquante kilomètres d'altitude.

Si son nom Piurivar semble oublié à jamais, quiconque débarque sur Alhanroel, sait à quoi s'en tenir lorsque l'on parle du Mont du Château. Sans doute et d'abord parce qu'il abrite le siège du pouvoir du Coronal, mais ensuite et surtout par son gigantisme. Rendez-vous compte que ses contreforts débutent à la moitié de la largeur de ce continent et s'étendent jusqu'aux confins de ses rives les plus à l'Est. Des premières collines à son apogée se nichent de très nombreuses villes dont certaines sont les plus peuplées de Majipoor comme Stee et ses trente millions d'âmes, dont seule Ni-moya sur Zimroel égale en splendeurs.  Ainsi, au delà des représentations habituellement simplistes, pour s'élever aussi haut même sur une planète comme Majipoor à la gravité si faible au regard de sa taille, un tel colosse doit reposer sur une base aux proportions identiques.

silverberg alhanroel

Par ce long préambule, je voulais simplement démontrer ici, qu'il s'agit bien d'une formation géographique monumentale à bien des égards et tout à fait hors des normes que nous connaissons sur notre bonne vieille Terre. Et pour démontrer cela, je me suis attelé à comparer le Mont du Château aux sommets les plus élevés de la Terre. Si la différence de taille saute aux yeux immédiatement, d'autres détails rendent la comparaison encore plus intéressante.

atmosphere

 En admettant donc sa présence sur notre globe, on constate que son point le plus haut dépasse allègrement notre couche d'ozone. Et si le degré zéro du sommet ne représente pas un réel problème, le plus délicat se présente dans les altitudes intermédiaires. Chez nous, le climat se refroidit considérablement jusqu'à la stratosphère, puis les températures remontent progressivement et redescendent ensuite à très haute altitude. La machinerie complexe qui entretient un printemps permanent au sommet doit ici avoir des relais à plusieurs niveaux. On peut également s'amuser à noter que les ballons météo ont bien du mal à atteindre le château et les villes les plus hautes. Pas question non plus de construire un aérodrome, aucun avion, fut il supersonique, ne peut l'atteindre. Par contre on profite d'une situation plus attrayante sur les aurores boréales, en admettant que le Mont soit placé sur un pôle. 

Le point le plus intéressant et le plus énigmatique,  demeure celui de la pression atmosphérique. Robert Silverberg nous propose une solution technique plausible pour la gestion de la température. Conscient sans doute que même sur une planète géante, aux continents en rapport, il doit faire froid à cinquante kilomètres. Il y a fort à parier que sur Majipoor aussi la respiration du Coronal se révèle problématique, même si l'on tient compte du fait que pour une altitude et une météo égales, la pression atmosphérique évolue avec la latitude. En d'autres termes, on souffre moins d'hypoxie à cinq mille mètres à l'équateur que près des pôles.

Mais laissons à l'Everest son record d'altitude et rappelons nous qu'il s'agit de science-fiction... quoi que, pour mémoire le Mont Olympe culmine à plus de vingt deux kilomètres au dessus du niveau zéro de référence martien. C'est le plus grand volcan connu du système solaire, pour l'instant. Sa largeur à la base est de six cent quarante huit kilomètres. Imaginez la place d'un tel monstre sur la géographie de la France. Et le Mont Olympe ne fait que la moitié du Mont du Château !

volcan france